Cosmétologie de la dermatite atopique

Introduction
La dermatite atopique (DA) est une dermatose en constante
augmentation ; 10 à 15 % des enfants en sont affectés dans les pays
industrialisés [6]. La manifestation majeure est l’inflammation cutanée
qui requiert l’utilisation de dermocorticoïdes ; en revanche, la xérose
et la colonisation bactérienne sont étroitement dépendantes des soins
d’hygiène et des cosmétiques employés. En effet, chez le patient
atopique, l’utilisation de savons et de shampooings détergents doit
absolument être évitée afin de ne pas altérer la barrière cutanée,
alors que les émollients appliqués régulièrement contribuent à
limiter les pertes hydriques et à améliorer la cohésion cornéocytaire
[8, 9, 17]. Ce résultat est visible en thérapeutique, le confort cutané des
patients étant objectivement amélioré lorsqu’ils observent ces règles
simples. En outre, l’utilisation dès le plus jeune âge d’un émollient
adapté limite probablement la pénétration cutanée des atopènes et
donc le risque de sensibilisation aux allergènes de l’environnement
comme les acariens, les pollens ou les allergènes de contact [18].
Caractéristiques cutanées du patient
atopique
INFLAMMATION CUTANÉE [7]
La DA évolue par poussées entrecoupées de rémissions spontanées.
C’est une pathologie multifactorielle et les mécanismes qui
aboutissent à l’inflammation cutanée ne sont pas complètement
élucidés et sont probablement très complexes.
On considère actuellement que les lésions cutanées de la DA
correspondent à une hyperréactivité cutanée non spécifique d’ordre
irritatif compliquée d’une hypersensibilité retardée à des atopènes
(allergènes alimentaires ou pneumallergènes comme les pollens, les
phanères d’animaux ou les acariens) médiée par l’activation de
lymphocytes T. Comme pour l’eczéma de contact, il est nécessaire
qu’il y ait une phase de sensibilisation puis on assiste à la phase
d’expression de l’eczéma. La phase de sensibilisation s’effectue dans
l’enfance chez des individus génétiquement prédisposés (patients
ayant un terrain atopique) au contact des atopènes présents dans
l’environnement habituel de tout individu. L’atopène pénètre par
voie respiratoire, digestive ou cutanée ; il est ensuite pris en charge
par les cellules dendritiques de ces différents épithéliums et présenté
à des lymphocytes T spécifiques ganglionnaires, aboutissant à la
production de lymphocytes T spécifiques de peptides d’atopènes.
Une fois l’individu sensibilisé par voie cutanée ou muqueuse, les
contacts ultérieurs avec l’allergène en cause peuvent induire des
manifestations d’atopie (DA mais également asthme ou rhinite
allergique). Au niveau de la peau, la pénétration des atopènes est
favorisée par les altérations de la barrière cutanée ; ils sont ensuite
internalisés par les cellules de Langerhans épidermiques, ce
phénomène étant favorisé par la fixation des immunoglobulines (Ig)
E spécifiques au récepteur de surface des ces cellules.
L’inflammation cutanée de la DA est secondaire à l’activation de
lymphocytes T spécifiques d’atopènes au niveau du derme ; ces
lymphocytes sont majoritairement de type 2 et produisent de
l’interleukine (IL) 4 et de l’IL5. L’IL4 est le facteur principal de
commutation isotypique IgG vers IgE et l’IL5 serait responsable du
recrutement des éosinophiles. L’activation des lymphocytes T est
également suivie de l’activation d’autres cellules comme les
kératinocytes et les cellules endothéliales, ce qui aboutit à la
production de cytokines pro-inflammatoires et aux manifestations
cutanées de la DA.
XÉROSE CUTANÉE [8, 17]
La xérose cutanée (fig 1) qui caractérise la peau du sujet atopique est
source de prurit et contribue à faciliter la pénétration des atopènes ;
elle résulte d’une diminution de la teneur en eau du stratum
corneum associée à des anomalies de la kératinisation. Les études
en microscopie électronique ont montré des anomalies intrinsèques
du stratum corneum des patients atopiques, même en peau
cliniquement saine. On a pu mettre en évidence la présence de
projections villeuses des cornéocytes très caractéristiques et
l’extrusion anormale des granules membranaires, ou corps
d’Odland, à leur surface.
La diminution de la teneur en eau du stratum corneum est liée à la
déplétion en lipides et en molécules hydrophiles, comme le natural
moisturizing factor (NMF). Les lipides déficients dans la DA sont
essentiellement l’acide linolénique et l’acide gammalinolénique par
déficit en D-6 désaturase. Leur diminution entraîne une
augmentation de la perte d’eau transépidermique. Il existe
également dans la DA un déficit en céramides, qui représentent 30 à
50 % des lipides du stratum corneum et qui sont fortement
impliqués dans la cohésion cornéocytaire, ce qui contribue à
aggraver la désorganisation du processus de kératinisation. La
déplétion en NMF dans la DA est liée en grande partie à un trouble
du métabolisme de la filaggrine, précurseur de molécules
hydrophiles comme les acides aminés libres et l’acide urocanique,
comme dans l’ichtyose vulgaire, ce qui explique l’association
fréquente de ces deux pathologies.
COLONISATION BACTÉRIENNE [15]
Une des caractéristiques de la peau du sujet atopique est la
colonisation quasi systématique par Staphylococcus aureus qui est
retrouvé chez 90 à 100 % des patients en peau inflammatoire, mais
également en peau périlésionnelle. La présence de S. aureus chez
l’atopique est favorisée par l’inflammation chronique qui modifie
l’écosystème bactérien, par la disparition de certains lipides de
surface aux propriétés antistaphylococciques et la présence
d’adhésines qui facilitent son adhésion aux cornéocytes villeux.
Malgré cette colonisation, S. aureus est rarement responsable de
complications septiques, mais il se comporte comme un antigène en
induisant la production d’IgE spécifiques antistaphylococciques et
comme un superantigène activant ainsi les lymphocytes T. S. aureus
participe donc activement à l’amplification des phénomènes
immunitaires et à l’entretien de l’inflammation cutanée, cependant,
certaines études ont montré qu’il disparaissait sans traitement
antibiotique spécifique lorsque l’on reconstituait la barrière cutanée
avec des dermocorticoïdes et/ou des émollients.
Hygiène dans la dermatite atopique
EAU DANS LA DERMATITE ATOPIQUE
Les patients atopiques tolèrent mal les applications d’eau chaude
qui aggrave la sécheresse cutanée et le prurit ; on préconise une
température de 33 à 35 °C pour le bain ou la douche qui doivent
être quotidiens mais de courte durée. Jusqu’à une période récente,
l’importance de la qualité de l’eau utilisée pour la toilette des
patients atopiques était suspectée mais mal connue. Une étude
anglaise effectuée chez 8 000 enfants de la région de Nottingham [10],
où les particularités de l’eau sont connues avec précision et varient
d’un quartier à l’autre, a montré que la prévalence de la DA était
positivement corrélée avec la dureté de l’eau de ville chez les enfants
les plus jeunes (4-11 ans). Pour les enfants plus grands (11-16 ans),
la différence disparaît. Les auteurs suggèrent que l’eau plus dure
riche en calcaire serait plus irritante et/ou nécessiterait une plus
grande quantité de détergent pour obtenir un effet moussant.
On observe fréquemment une aggravation de la DA après des bains
en piscine, particulièrement les piscines publiques ; ceci est lié
essentiellement aux produits désinfectants utilisés (chlore…). Ces
bains doivent donc être limités et suivis si possible d’un rinçage
soigneux, puis de l’application d’un émollient.
L’intérêt des eaux thermales dans la prise en charge d’une DA, au
cours d’une cure ou dans des préparations cosmétiques, est peutêtre
réel mais on manque d’études cliniques méthodologiquement
fiables pour pouvoir apprécier la part exacte qui revient à l’eau dans
l’amélioration de la dermatose.
DÉTERGENTS
L’eau seule ne suffisant pas pour nettoyer les déchets à la surface de
la peau, il faut utiliser des tensioactifs capables d’émulsionner les
salissures pour faciliter leur élimination lors du rinçage. Chez les
patients ayant une DA, et encore plus chez l’enfant prépubère dont
le film hydrolipidique est pauvre en sébum, il faut veiller à ce que le
détergent utilisé respecte l’écosystème cutané [1]. Les savons sont à
éviter car ils entraînent une alcalinisation de surface et une
dissociation des cornéocytes [12] ; il vaut mieux utiliser des syndets
solides ou liquides respectant le pH acide physiologique et choisir
un produit au pH autour de 5,5 ou de pH neutre. Les laits de toilette
peuvent être utilisés à condition d’être bien rincés, mais leur
utilisation au long cours est onéreuse.
Les détergents contenant des antiseptiques sont déconseillés en
dehors des épisodes de surinfection car ils détruisent l’écosystème
cutané et certains d’entre eux sont sensibilisants ; en outre, c’est la
restauration de la barrière cutanée qui permet de contrôler le plus
efficacement la prolifération bactérienne. L’application de solvants
organiques et de produits alcoolisés est à proscrire car ils détruisent
le film hydrolipidique de surface et la flore cutanée. De même, les
gels-douche et les bains moussants composés essentiellement de
tensioactifs anioniques auxquels sont ajoutés certains additifs
(stabilisateurs de mousse, épaississants, séquestrants, colorants…)
sont à éviter car ils aggravent la xérose cutanée et sont sources de
sensibilisations.
1 Aspect de la xérose cutanée
caractéristique dans
le cadre d’une dermatite
atopique (enfant de 10 ans).

Émollients dans la dermatite atopique
(tableau I)
RÔLE
La place des topiques émollients dans la DA est primordiale [8, 9, 17].
Leur mission principale est de restituer la fonction de barrière
cutanée en luttant contre les pertes hydriques et en améliorant la
cohésion cornéocytaire. On a pu montrer à l’aide de cornéomètres
que l’amélioration de la fonction barrière de la peau était corrélée
positivement à la diminution des pertes d’eau transépidermiques [5]
et il semble que l’application régulière chez des patients atopiques
d’un émollient diminue le nombre de villosités à la surface des
cornéocytes et améliore ainsi leur cohésion [17]. La correction du
défaut d’hydratation cutanée peut être obtenue soit en diminuant
les pertes d’eau transépidermiques, soit en fixant l’eau exogène dans
la couche cornée (effet humectant) [1]. Les produits antidéshydratants
forment un film lipidique hydrophobe à la surface du stratum
corneum destiné à suppléer au film hydrolipidique naturellement
déficient (hydrocarbures à longue chaîne carbonée, squalènes, alcool
gras, cires ou acides gras essentiels) [13]. Les agents humectants
retiennent l’eau par hygroscopicité : polyols, composants du NMF,
lanoline, liposomes et céramides. En outre, les céramides sont
susceptibles d’agir comme des correcteurs du ciment lipidique
intercellulaire.
Le rôle des émollients dans la DA ne se limite donc pas à un simple
effet hydratant, car en améliorant la fonction barrière de la peau, ils
sont un des éléments essentiels de la thérapeutique. Ils améliorent
l’aspect de peau sèche et l’élasticité du stratum corneum et ils
apportent un confort indéniable au patient en diminuant le prurit.
À cet effet thérapeutique des émollients vient possiblement s’ajouter
un rôle de prévention secondaire ; en effet, en améliorant la fonction
barrière de la peau des enfants ayant une DA dès le plus jeune âge,
il est licite de penser que la pénétration cutanée des atopènes sera
limitée, diminuant ainsi les sensibilisations aux aéroallergènes et aux
allergènes de contact [18]. Le dermatologue est donc en première ligne
pour la prévention secondaire de la DA ; en plus des conseils
hygiénodiététiques habituels destinés à limiter le contact avec les
irritants comme la laine et éviter les sources d’exposition aux
allergènes majeurs alimentaires ou aux aéroallergènes, il est
nécessaire de conseiller à la famille l’application régulière d’un
émollient bien adapté à l’enfant. Toutefois, s’ils sont indispensables
sur la xérose cutanée, ils sont souvent mal tolérés sur les lésions
inflammatoires et il vaut mieux les éviter lors des poussées de DA.
QUALITÉS REQUISES POUR UN ÉMOLLIENT
CHEZ UN PATIENT ATOPIQUE
¦ Innocuité
L’émollient est utilisé dès le plus jeune âge, sur de grandes surfaces
et sur une peau altérée ; il est donc nécessaire que son innocuité soit
établie. Chez le petit enfant, on évite les préparations contenant de
l’urée et bien sûr de l’acide salicylique. De même, on évite tous les
topiques contenant des allergènes de contact puissants comme la
lanoline ou le baume du Pérou (cf infra) ainsi que les produits
parfumés. Les huiles de bain représentent un danger en rendant la
baignoire glissante pour le patient ou les autres membres de la
famille si on oublie de bien rincer les sanitaires.
¦ Bonne tolérance
Les émollients sont souvent mal tolérés lors des poussées
inflammatoires, en particulier les topiques contenant de l’urée et des
alphahydroxyacides. L’amidon de blé et les extraits d’avoine à
dissoudre dans le bain ont un effet antiprurigineux mais peuvent
aggraver la sensation de sécheresse cutanée (effet de peau
« amidonnée »).
¦ Reconstituer la barrière cutanée
L’application d’un mélange de corps gras non adaptés chez un
patient atopique est susceptible d’aggraver l’irritabilité cutanée [3].
Tableau I. – Principaux émollients proposés dans la dermatite
atopique.
Laboratoire Produitt Indice
A-Derma - Exoméga A+
- Crème de soin B
- Dermalibour B
Avène - Cold cream B
- Lait au cold cream A+
- Crème peaux intolérantes D
- Trixera A+
Bioderma - Atoderm B
- Cold cream B
- Hydrabio A
- Hydrasept B
Biorga - Cold cream d’Uriage B
- Émolliente d’Uriage B
- Hydrolipidique A+
Charlieu - Topic 10 A+
- Topicrem A+
Chauvin Lipiderm A
Coryne de Bruynes Dermagor
- Cold cream B
- Cérat B
CS Atodiane A+
Effadiane B
Ducray - Ictyane B
- Ikériane B
Pierre Fabre Dexemyl (1) A
Galderma - Nutraplus crème C
- Cetaphil A+
- émulsion-crème D
Jaldes Idelt D
La Roche Posay - Cold cream A+
- Lipikar A+
- Tolériane A
- Xeroderm B+
LED Ichtyosoft B
Liérac Liérac anti-déssèchement B+
B
Liphaderm Hyphea delta 6 D
Lutsia - Nioléol
- crème B
- lait B
- Xéramance avec parfum A+
- sans parfum A+
Neutrogéna - Crème-D B
- Émulsion corporelle hydratante A+
Roc Dermatologic - Cold cream fluide A+
- Crème AB5 C
- Enydrial A+
- Urexine B
Rogé-Cavaillès Soin hydratant corporel A+
Rydelle Aveenocream B
Soras - Embryolisse B
- Filaderme B
Spirig Excipial
- U Lipolotion A+
- Lipocrème B
SVR - Cold cream B
- Xérial 3, 10, 30 B+
- Topialyse crème-émulsion B
A+
- Xérialine 500 B+
(1) Le Dexemylt 250 mL bénéficie depuis peu d’une prise en charge par la Sécurité sociale dans les indications
dermatite atopique et ichtyose. Les prix utilisés sont les prix publics ; ils sont donnés à titre indicatif et peuvent
varier en fonction des pharmacies.
Plusieurs présentations existant pour chaque spécialité, on a pris celle ayant le volume le plus important et on l’a
rapporté à 100 mL. L’indice donne la tranche de prix qui correspond.
A : - de 50 francs ; B : de 50 à 100 francs ; C : de 100 à 150 francs ;D : plus de 150 francs. Le signe + signale l’existence
d’une présentation à 200 mLou plus.

Les émollients doivent renfermer un mélange équilibré des éléments
manquant au stratum corneum : NMF et céramides en particulier.
L’adjonction d’acides gras essentiels est également utile dans
l’émollient ; en revanche, la supplémentation per os n’a pas fait la
preuve de son efficacité [2].
¦ Faible prix de revient
L’utilisation quotidienne et parfois biquotidienne de l’émollient
représente pour chaque patient une dépense importante et le coût
du produit est souvent un obstacle à l’observance de la prescription.
Les topiques les moins onéreux comme le cérat de Gallien ou la
vaseline cholestérinée sont difficilement acceptés par les patients du
fait d’un agrément cosmétique médiocre. Les émollients fabriqués
par l’industrie cosmétique sont mieux acceptés et performants, mais
pour un enfant de 2 ans, 250 mL d’émollient sont nécessaires par
semaine et le double pour un adulte, d’où l’intérêt de disposer de
produits à prix raisonnables et en grand conditionnement (500 mL,
voire 1 L).
Eczéma de contact aux cosmétiques
dans la dermatite atopique
On a longtemps négligé les allergies de contact chez les patients
atopiques ; actuellement, on considère que 40 % des patients atteins
de DA sont concernés par ce problème [4, 14, 16]. Parmi les allergènes
retrouvés, les constituants des cosmétiques occupent une place de
choix.
Chez les patients atopiques, les allergènes de contact retrouvés sont
les mêmes que ceux mis en évidence le plus fréquemment dans la
population générale et, après les métaux, ce sont les constituants
des cosmétiques qui sont incriminés : les parfums, le baume du
Pérou, les parabens et la lanoline. Chez l’enfant de moins de 15 ans,
les résultats sont similaires [11] : sur une série de 337 enfants testés
avec la batterie standard entre 1995 et 1997, 226 avaient un ou
plusieurs tests positifs ; parmi eux, 76 % étaient des atopiques et,
parmi les allergènes le plus souvent retrouvés, on notait le nickel
(23,7 %), mais également les fragrances mix dans 9,5 % des cas dont
la source de sensibilisation était les cosmétiques. Ensuite, on
retrouvait des sensibilisations à des allergènes majeurs : lanoline
(8,6 %), baume du Pérou (4,7 %), thiomersal (2 %), parabens (2 %) et
formaldéhyde (1,7 %).
Comme l’aggravation d’une dermatose plantaire juvénile doit faire
rechercher une allergie de contact aux chaussures et un eczéma du
siège une sensibilisation aux constituants du change complet,
l’absence de réponse d’une DA au traitement, ou une aggravation
brutale d’une dermatose jusqu’alors bien équilibrée doit faire
rechercher une allergie de contact aux cosmétiques, quel que soit
l’âge du patient. L’enquête doit être la plus minutieuse possible sur
tous les topiques utilisés (syndets, shampooings, crèmes…). Les
patch-tests (fig 2) doivent être pratiqués à distance de la poussée de
la dermatose, ce qui bien sûr n’est pas toujours facilement réalisable.
Chez un patient, l’éviction d’un allergène de contact mis en évidence
peut aider à contrôler la dermatose, mais c’est surtout l’éviction plus
générale des allergènes majeurs chez les patients atopiques qui doit
être réalisée en choisissant les produits ayant la plus grande
innocuité (plusieurs pâtes à l’eau du commerce destinées à
l’érythème fessier du nourrisson contiennent encore de la lanoline
ou du baume du Pérou).
Quels conseils pratiques
pour le patient atopique ?
La DA étant une dermatose chronique, les soins cutanés doivent être
quotidiens et continus. À la phase très inflammatoire de la DA au
cours de la petite enfance, fait le plus souvent suite un état de xérose
cutanée chronique, plus ou moins associé chez certains patients à la
persistance de poussées inflammatoires. La cosmétologie du patient
atopique se doit d’être le plus minimaliste possible tout en étant
efficace et en évitant les risques de sensibilisation.
Il faut mettre en garde le patient vis-à-vis des applications
hasardeuses de topiques non formulés pour les peaux atopiques :
cosmétiques mais également remèdes de grand-mères ou
formulations à base de plantes ou protéines animales (oeuf !)
conseillés par certains guérisseurs ou magnétiseurs auxquels ces
patients ont souvent recours en désespoir de cause.
Il faut également persuader le patient de consulter s’il présente une
intolérance aux cosmétiques employés et/ou devant une
aggravation de sa dermatose pour envisager éventuellement une
enquête de contact.
SOINS DE BASE INDISPENSABLES
– Toilette quotidienne avec un syndet liquide ou en pain selon les
préférences. Lors des poussées, on peut momentanément utiliser un
antiseptique ; le bon compromis consiste à prendre un syndet
contenant un antiseptique non agressif, contenant par exemple une
association cuivre-zinc.
– Un émollient à appliquer de façon quotidienne en relais du
dermocorticoïde, ou même en association si la DA n’est pas très
étendue. Chez l’enfant, le même émollient peut être utilisé pour le
visage et le corps pour des raisons de commodité. Chez l’adulte,
l’hydratation du visage doit parfois être renforcée, notamment chez
la femme.
SOINS D’AGRÉMENT
Les patients, surtout les femmes, demandent souvent conseil pour
le maquillage et le parfum.
Il vaut mieux ne pas les interdire complètement, sauf dans les cas
de sensibilisation avérée, au risque de voir ces patientes choisir ellesmêmes
des cosmétiques non adéquats. On conseille bien sûr de ne
pas mettre directement de parfum sur la peau, seulement sur les
vêtements, et le maquillage doit être choisi dans des gammes
minimisant les risques de sensibilisation.
Qualités requises pour un émollient chez un patient ayant une
dermatite atopique.
Innocuité : absence de toxicité et de risque de sensibilisation.
Bonne tolérance : éviter les topiques irritants.
Reconstituer la barrière cutanée : apporter les constituants faisant
défaut au stratum corneum (constituant du NMF, acides gras
essentiels, céramides).
Faible prix de revient et conditionnement en grande contenance.
2 Patch-tests de contact
positifs au baume du Pérou,
à la lanoline et aux fragrances
mix chez un enfant atopique.
On note également
une réaction microvésiculeuse
pour un atopène (Dermatophagoides
pteronyssinus).

Références
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